Pronostic à J-100 : le duel attendu entre Hollande et Sarkozy aura bien lieu

Vendredi 13 janvier, J-100 avant l’élection présidentielle. Hasard du calendrier ou volonté de mettre la pression sur les candidats, l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé la note AAA de la France. L’épée de Damoclès pendait depuis plusieurs semaines au-dessus de la nuque de Nicolas Sarkozy, qui dans une déclaration qu’il regrette sûrement liait son sort au maintien du Triple A

La situation économique du pays, qui souffre de la comparaison avec l’Allemagne, aura très certainement une influence sur l’issue finale du rendez-vous démocratique majeur de 2012. Les candidats seront avant tout jugés sur la crédibilité de leurs programmes économiques et sociaux. Sur cette base, mon premier pronostic (que je compte actualiser au cours de la campagne) décevra ceux qui s’attendent à des surprises : François Hollande et Nicolas Sarkozy seront en tête au premier tour.

Brillant vainqueur des primaires citoyennes le 16 octobre, François Hollande a vécu un temps mort difficile. Sa stratégie repose sur deux idées essentielles : n’entrer dans la confrontation qu’avec Nicolas Sarkozy lui-même et retarder au maximum le lancement réel de son programme pour ne pas perdre de souffle sur la distance. Entre-temps, il laboure le terrain avec des faux airs de Jacques Chirac. Malgré tous les couacs rencontrés depuis novembre, de la faute d’accord avec les Verts aux paroles imprécises et divergentes, la stratégie se révèle payante. Hollande reste très au-dessus de ses rivaux dans toutes les enquêtes d’opinion. L’érosion de son électorat vers François Bayrou, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon est largement contenue. Il apparaît comme le plus compétent et le plus proche des gens, deux qualités qui feront la différence auprès des catégories sociales qu’il doit encore convaincre pour gagner : les classes populaires et les seniors. Seules les tergiversations de son équipe sur certains arbitrages peuvent l’affaiblir, mais il reprendra le dessus dès que ses interventions médiatiques seront plus fréquentes.

Face à lui, Nicolas Sarkozy se présente comme une bête blessée, déjà promise à une défaite historique. Jamais président de la République n’avait abordé son retour devant le suffrage universel dans une si mauvaise posture. Au regard de son bilan, finalement très maigre, on se demande ce qu’a fait l’hyperprésident depuis 2007. Il est intégralement revenu sur les mesures économiques et fiscales de la loi TEPA alors que la dette a atteint de nouveaux sommets. Sa réforme des retraites est une rustine injuste et insuffisante à moyen terme. Le Grenelle de l’environnement et la loi sur l’autonomie des universités n’ont pas rempli leurs objectifs. L’état de l’Europe qu’il a tenté de diriger avec Angela Merkel est si préoccupant que tous les doutes sur sa survie sont permis, alors que la voix de la France a été marginalisée sur la scène internationale. Pourtant, il sera un adversaire redoutable. Il bénéficiera une nouvelle fois de la puissance de frappe médiatique de l’UMP et des moyens du Gouvernement. Il laisse ses ministres s’enfoncer dans les bas-fonds du débat public en espérant qu’ils parviendront à attirer Hollande dans leur chute nauséabonde. La seule chose qui peut le faire s’écrouler serait que la presse répande l’idée qu’il n’est plus la meilleure chance de la droite (très élargie) pour empêcher la victoire de la gauche.

Derrière les deux favoris, on distingue trois catégories de candidats, en fonction de leurs suffrages potentiels.

C’est le seul « risque » que je prends dans mes pronostics : alors que beaucoup le prédisent, je ne vois pas Marine Le Pen parvenir à se hisser au second tour. On peut lui reconnaître une modernisation partielle du Front national, mais Marine Le Pen reste la fille de son père. Elle est même encore plus dangereuse que lui parce que sa stratégie de « normalisation » a convaincu les médias. Son potentiel a été chiffré à un score inquiétant de 30% de l’électorat. Toutefois, il faut distinguer au sein de ses partisans les anciens et les nouveaux sympathisants du FN, ceux dont elle a hérité et ceux qu’elle a conquis. Les anciens ont déjà voté FN et le referont probablement. Les nouveaux, qui se recrutent principalement chez les jeunes déclassés ou défavorisés, peuvent encore changer d’avis. Ceux-là veulent montrer leur mécontentement et sont sensibles au protectionnisme social qu’incarne désormais Marine Le Pen. Le seul moyen de les détourner de ce vote contestataire est de les convaincre que les solutions économiques prônées par le FN aggraveront encore la crise en France. Il est très probable que l’UMP, qui est la plus menacée par la percée de l’extrême droite, se focalisera sur cet angle d’attaque. Malheureusement, Marine Le Pen réalisera un score très élevé, proche de la barre des 20%, mais je ne la vois pas passer au-dessus.

En 2007, François Bayrou avait révélé que sa stratégie de victoire comprenait trois élections présidentielles : une première pour exister (6,84% en 2002), une deuxième pour dépasser les 10% et montrer sa crédibilité pour la fonction (18,57% en 2007), et une dernière pour s’imposer. Je n’ai jamais douté qu’il serait un acteur essentiel de cette campagne, alors que de nombreux analystes l’ont déclaré politiquement mort depuis 2007 en raison de l’absence de groupe parlementaire et enterré après son attaque ridicule contre Daniel Cohn-Bendit au moment des élections européennes de 2009. Son début de campagne est incontestablement une réussite : Bayrou est de retour. Il accumule les ralliements sur son nom davantage que sur son programme, encore au stade de l’élaboration. La question centrale reste identique à 2007 : il affronte seul des institutions bipartisanes. Il annonce qu’il gouvernera avec une majorité nouvelle, allant du centre gauche au centre droit, mais cela modèle ne peut s’appliquer que pour une élection à un tour, à l’image de ce que Nick Clegg espérait réaliser contre Gordon Brown et David Cameron au Royaume-Uni en 2010. Bayrou oublie qu’il devra affronter un des deux camps lors du second tour, puis lors des législatives qui seront structurellement favorables au PS et à l’UMP. S’il peut exister certains rapprochements thématiques avec la droite et/ou la gauche, le Modem peinerait à réunir les deux autour d’un programme gouvernemental cohérent. On sent qu’il penche pour Hollande, mais ses réserves de voix sont probablement supérieures à droite, chez les déçus du sarkozysme pour lesquels il pourrait apparaître comme la seule alternative.

A gauche, le score de Jean-Luc Mélenchon est trompeur. Certes, en dépassant les 5%, il fera mieux que les derniers candidats communistes. Pourtant, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud seront très loin des scores d’Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, ramenant le score cumulé de l’extrême gauche en dessous de ses niveaux passés. Mélenchon le tribun pourrait néanmoins faire le double du score d’Eva Joly, dont la campagne paraît décalée et peu attractive au-delà des cercles déjà acquis à l’écologie politique. Les élections présidentielles ne réussissent généralement pas aux Verts et Eva Joly souffre d’être une candidate de transition, qui ne fait pas d’ombre à l’avenir de l’ambitieux couple politique formé par Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé. La candidature de Jean-Pierre Chevènement, qui vise principalement à assurer quelques sièges parlementaires au MRC, n’ira probablement pas au bout et se ralliera à François Hollande avant le premier tour.

A droite, Dominique de Villepin a finalement surpris tout le monde en se déclarant candidat. A ce jour, il est impossible de savoir s’il aura les signatures requises et s’il espère vraiment se maintenir en dissidence de l’UMP. Il ne faut pas oublier que s’il peut grignoter quelques points importants à Nicolas Sarkozy en allant jusqu’au premier tour, il peut aussi les lui rendre mécaniquement et propulser le président sortant au second tour. Alain Juppé n’osera pas défier Nicolas Sarkozy même s’il en meurt d’envie. Le positionnement d’Hervé Morin, piégé entre Sarkozy qui aura besoin du « vote utile » de la droite et Bayrou qui est le vrai centriste, ne lui laisse aucun espoir de décoller. Christine Boutin reportera ses quelques fidèles vers Sarkozy contre un nouveau maroquin ministériel ou vers Bayrou si l’Elysée refuse de céder au chantage. Nicolas Dupont-Aignan, qui semble sûr d’avoir ses cinq cents parrainages, peut séduire de nouveaux souverainistes, mais il reste esseulé.

En 100 jours, tous les scénarii peuvent encore se réaliser. Cependant, au petit jeu des pronostics, je rejoins à peu de choses près les sondages, dont le perfectionnement permet d’anticiper plus finement les résultats que par le passé. Nicolas Sarkozy voudra une campagne courte, resserrée sur les toutes dernières semaines. Cette intensification de la campagne entraînera un resserrement du débat autour de François Hollande et du président sortant, qui s’affronteront alors « projet contre bilan ». Marine Le Pen et François Bayrou sont actuellement sur une trajectoire montante, mais ils ne convaincront pas sur la durée à cause de la contradiction qu’ils ont placé au coeur de leurs campagnes respectives : les conséquences économiques d’une sortie de l’euro pour Marine Le Pen et le flou sur les choix futurs en cas d’échec pour François Bayrou. Enfin, le temps du morcellement des voix au profit des petits candidats, qui avait conduit au 21 avril 2002, est révolu. Ainsi, je prédis les résultats suivants pour les deux tours de l’élection présidentielle 2012 :

Premier tour (22 avril) :

  • François Hollande : 28%
  • Nicolas Sarkozy : 24%
  • Marine Le Pen : 18%
  • François Bayrou : 15%
  • Jean-Luc Mélenchon : 6%
  • Eva Joly : 3%
  • Dominique de Villepin : 3%
  • Autres : 3%

Second tour (6 mai) :

  • François Hollande : 54%
  • Nicolas Sarkozy : 46%
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