Le vice politique inspire davantage que la vertu

La troisième vague du baromètre sur la confiance politique réalisé par le CEVIPOF illustre l’aggravation de la crise de la représentation politique que connaît la France. Seuls 30% des Français perçoivent leurs élus et dirigeants politiques comme « honnêtes » (slide 33). Pour un nombre croissant de nos concitoyens, la vie politique se résume à une guerre des égos, mettant aux prises des ambitieux prêts à toutes les trahisons personnelles et intellectuelles pour gravir les prestigieuses « marches du pouvoir ». Eric Besson n’a rien fait pour leur donner tort. 

Deux films sortis cet automne ont convaincu la critique et les spectateurs. Deux films qui, au-delà de leurs nombreuses différences, sont réunis par le même thème : l’exploration d’une vie politique déstructurée par ses vices.

Dans Les Marches du Pouvoir, Stephen Meyers est conseiller dans l’équipe d’un gouverneur engagé dans la course à l’investiture démocrate. Déstabilisé par l’équipe adverse, trahi par son supérieur et déboussolé par sa relation avec une stagiaire de la campagne, il découvre les basses manoeuvres qui décident du sort d’une élection. Pour survivre dans cette bataille stratégico-médiatique où tous les coups sont permis, il accepte de couvrir les erreurs de son candidat en échange d’une promotion. 

Côté français, L’Exercice de l’Etat suit le quotidien chaotique du ministre des Transports Bertrand Saint-Jean. Alors que ce néophyte qui ne provient pas du sérail est progressivement broyé par son agenda surchargé, la poursuite de sa carrière passe par la réussite d’une réforme de privatisation des gares à laquelle il est idéologiquement opposé. Les convictions s’opposent aux ambitions, mais ne résistent pas longtemps. 

Il est intéressant de noter que les deux protagonistes sont présentés au début de chacun des films comme des personnages intègres, voire idéalistes. Les événements qu’ils subissent les poussent au vice : ils sacrifient leurs idées et trahissent leurs plus proches collaborateurs. Les deux films tendent à démontrer avec fatalisme que le pouvoir corrompt même les plus purs. « Tous pourris ».

Ils se trompent peut-être de cible : malgré la multiplication des affaires récentes (au hasard : Karachi), le vice n’est pas omniprésent en politique. Fort heureusement, les exemples d’hommes et de femmes vertueux ne manquent pas. En revanche, ce qui décrédibilise réellement la parole politique, c’est qu’elle a perdu son efficacité. 

Cette question n’est qu’esquissée dans les deux films. Les personnages politiques ne sont plus que des pions dans un système. Désormais, l’économie dicte sa loi, pour le meilleur et – surtout ? – pour le pire. Les politiques sont réduits à des rôles de communicants sans capacité d’initiative. Bien davantage que le manque de vertu supposé de tous les acteurs publics, cette translation du pouvoir réel vers l’économie est la principale raison pour laquelle les citoyens ne croient plus en l’action politique.

Ce sujet pourrait également inspirer de très bons films.

valentinLe vice politique inspire davantage que la vertu

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