Faute d’accord entre EELV et le PS

« On avait inventé l’accord sur les désaccords. Maintenant, on a le désaccord sur l’accord. » Le ton est donné par ce dirigeant socialiste cité par Le Monde : l’accord est discordant.

L’accord était nécessaire pour préparer la prochaine majorité. 

Dès janvier 2010, Daniel Cohn-Bendit lance l’idée d’un retrait de la candidature écologiste à l’élection présidentielle en échange de 50 circonscriptions aux législatives. L’écologie politique française sort des triomphales élections européennes de juin 2009 où elle a fait quasiment jeu égal avec le PS. En avance sur son temps, la proposition d’accord ne convainc ni les Verts – qui se mettent à rêver de construire une alternative de gauche au PS – ni les socialistes – qui temporisent en misant sur une décroissance des suffrages écologistes aux élections locales suivantes, traditionnellement moins propices aux Verts.

En prévision de la rude bataille contre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, un véritable accord de gouvernement pour la période 2012-2017 présente au moins trois avantages :

  1. Il garantit que la campagne n’est pas parasitée par un(e) candidat(e) écologiste qui, en portant ses légitimes convictions, cherche avant tout à se distinguer du candidat socialiste pour mordre sur son électorat.
  2. Il évite la dispersion au premier tour – stratégie dont Nicolas Sarkozy a prouvé l’efficacité en 2007 – et assure quasiment au candidat commun de la gauche d’être présent au second tour, dix ans après le 21 avril 2002.
  3. Il offre à Europe Ecologie Les Verts (EELV) la possibilité d’influer sur l’action de la future majorité en occupant des postes clés au Gouvernement et en disposant d’un groupe autonome à l’Assemblée nationale (un groupe est composé d’un minimum de 15 députés et les Verts n’en comptent actuellement que 4).

L’efficacité de l’accord dépendait du moment choisi pour le sceller. Trois périodes étaient possibles pour signer un accord :

  • Le meilleur moment pour signer un accord était avant les primaires, en prévoyant une (ou plusieurs) candidature(s) écologiste(s) aux primaires citoyennes élargies. Les écologistes auraient pu peser sur l’orientation des débats, puis se rassembler derrière le vainqueur. Cela aurait donné l’image de l’unité, le temps pour débattre et nous aurions évité les tentatives désagréables d’ingérence des Verts dans les derniers jours de la primaire. Mais les écologistes ne pouvaient pas présenter leur candidat de premier choix en 2012.
  • Le deuxième moment est celui dans lequel nous sommes actuellement piégés. Il ne pouvait pas y avoir d’accord global mardi 15 novembre, car EELV a désigné sa candidate, Eva Joly, et doit la porter jusqu’à l’élection en tentant de justifier qu’elle est plus verte que la rose socialiste et en espérant qu’elle dépasse les 5% d’une timide candidature de témoignage. Il faudra donc appuyer sur les différences pour courtiser les sympathisants de gauche, qui risquent in fine de manquer à François Hollande.
  • Le troisième moment aurait été d’attendre l’entre-deux tours ou juste après l’élection présidentielle, là où sera visible le véritable rapport de force au sein de la future majorité législative. Mais EELV risquait d’y perdre gros : difficile d’imaginer le PS désavouer en dernière minute ses candidats aux législatives pour parachuter des partisans d’Eva Joly, surtout si cette dernière n’a pas réalisé un bon score au premier tour.

Puisque les militants d’EELV en ont jugé ainsi, la candidature d’Eva Joly est légitime, jusqu’au bout. Il n’est plus lieu de contester cette stratégie, même si elle condamnait l’accord avec le PS à intervenir soit trop tard, soit trop tôt.

L’accord sur les désaccords.

Entre temps, les désaccords se sont cristallisés, et apparaissent au grand jour dans le texte commun du 15 novembre. Sur le fond, l’accord se contente souvent de remettre en forme le programme du PS et les propositions supplémentaires de François Hollande. Deux sujets – sur lesquels les divergences sont anciennes – étaient au cœur des négociations : l’instauration de la proportionnelle aux législatives et la sortie du nucléaire.

Sur les institutions, EELV obtient le soutien du PS dans une soixantaine de circonscriptions, réparties de telle sorte que les écologistes devraient obtenir environ 30 sièges en cas de victoire électorale de la gauche en 2012 et 15 sièges en cas de défaite. Mais à plus long terme, la question de la proportionnelle n’est pas réglée. Les deux partis ne s’étant pas mis d’accord sur un pourcentage précis, le texte reste flou : « Afin que toutes les sensibilités politiques de notre pays soient représentées au Parlement, nous réformerons le mode de scrutin aux élections législatives : X% des députés seront élus à la proportionnelle sur une liste nationale et nous défendrons le principe de la proportionnelle aux élections locales pour garantir la parité et la diversité. »

Sur la transition énergétique, François Hollande n’a pas cédé. L’accord s’en tient à une réduction de la part du nucléaire dans la production électrique de 75% à 50% en 2025, avec une précision chiffrée : 24 réacteurs (sur 58) seront progressivement fermés, et seule la centrale de Fessenheim sera immédiatement arrêtée. Les Verts n’ont obtenu ni la sortie définitive du nucléaire, ni l’arrêt de la construction de l’EPR de Flamanville.

Le désaccord sur l’accord.

Le texte de l’accord mentionne donc les trois points de désaccord : la proportionnelle, l’EPR et la construction de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Les médias et l’UMP ont naturellement tendance à voir le verre à moitié vide, alors que le reste de ce contrat de mandature laisse présager du futur partenariat législatif entre socialistes et écologistes. 

Nous aurions pu nous réjouir, malgré le timing et les désaccords affichés, que l’accord soit finalement signé ! Mais à peine paraphé, il était déjà reprisé. Puis menacé. Puis rescapé au détour d’une mise au point de Michel Sapin et Jean-Vincent Placé, les deux négociateurs.

La communication cacophonique ainsi créée est déplorable. Elle sous-entend que les deux partenaires ne se font pas réellement confiance, que l’arbitrage entre le lobbying des écologistes d’une part et des industriels du nucléaire d’autre part se fait sans la moindre transparence. Même commentaire sur les circonscriptions de la discorde, qui sont offertes sur un plateau à Cécile Duflot (6e circonscription de Paris) et à Philippe Meirieu (1e circonscription de Lyon) lors d’une négociation nationale sans se soucier du sort des socialistes sortants et du choix des militants locaux.

Faisons en sorte que le choix de présenter deux candidats distincts et d’afficher ainsi nos discordances ne soit pas notre jospinade fatale de 2012, car à l’heure actuelle, rien n’est gagné.

Bref, on a (un peu) raté notre coup. 

valentinFaute d’accord entre EELV et le PS

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