La circulaire du 31 mai envoie un signal négatif aux jeunes du monde entier

En 1891, une brillante étudiante polonaise nommée Maria Skłodowska arrive à Paris pour réussir les études de sciences que sa condition de femme lui interdit de suivre dans l’Empire russe. Naturalisée française par la suite, elle est honorée par la République sous le nom de Marie Curie pour l’obtention de ses deux Prix Nobel de physique (1903) et de chimie (1911). En maintenant la « circulaire Guéant », le Gouvernement est en train d’empêcher que de tels destins ne se reproduisent en France.

Répondant à l’appel du Collectif du 31 mai, nous étions deux mille étudiants, étrangers menacés et Français solidaires, à manifester cet après-midi pour obtenir le retrait de la circulaire cosignée le 31 mai 2011 par les ministres de l’Intérieur et du Travail, MM. Claude Guéant et Xavier Bertrand. 

Par le biais de cette circulaire, le Gouvernement demande aux préfets de régions et de départements – qui disposent en la matière d’un large pouvoir discrétionnaire d’interprétation des cas particuliers – d’instruire avec une rigueur accrue les demandes d’autorisation de travail, dans un objectif de Maîtrise de l’immigration professionnelle. La maîtrise devant être entendue comme une « diminution du flux » (résumé, p.1).

La seconde partie de la circulaire vise plus spécifiquement la procédure de changement de statut, qui concerne les jeunes diplômés étrangers non ressortissants de l’Union européenne lorsqu’ils demandent un titre de séjour professionnel afin de rester travailler en France dans la continuité de leurs études. Le durcissement de cette procédure par la circulaire du 31 mai a deux conséquences :

  • Si elle est accordée, l’autorisation de travail est délivrée en quatre mois, contre trois semaines en moyenne auparavant. Quatre mois d’incertitude et de précarité, sans information ni transparence.
  • Si elle refusée, la décision s’accompagne d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sous 30 jours, sans autre forme de procès.

Jugé indésirable, le diplômé étranger de l’enseignement supérieur français devient expulsable.

La circulaire apporte deux justifications principales, aussi contestable l’une que l’autre :

  • En raison de l’impact de la crise économique sur l’emploi, « la priorité doit être donnée à l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi aujourd’hui présents, qu’ils soient de nationalité française ou étrangère, résidant régulièrement en France » (résumé, p.1). Pour rappel, les jeunes diplômés dont il est question ici sont par définition déjà présents et ont même parfois trouvé un emploi en France, mais ces critères ne leur assurent pas d’obtenir une autorisation comme le montrent les cas recensés par le Collectif du 31 mai.
  • D’autre part, le Gouvernement estime que « les étudiants étrangers ont prioritairement vocation, à l’issue de leur séjour d’études en France, à regagner leur pays pour y mettre en œuvre les connaissances acquises » (p.5). Le choix ne leur est pas laissé : les étudiants étrangers doivent rentrer dans leur pays d’origine sitôt leur diplôme français en poche.

Le Gouvernement fait plusieurs erreurs d’interprétation et de stratégie :

  1. En rendant quasi-automatique le retour des étudiants étrangers dans leur pays, la circulaire ne reconnaît pas leur liberté de choisir où ils veulent vivre et travailler. Certains peuvent souhaiter rentrer immédiatement, mais d’autres désirent emmagasiner une première expérience professionnelle dans une entreprise française avant de rentrer dans leur pays avec cet atout supplémentaire, voire s’installer et s’intégrer durablement en France. 
  2. Expulser ces jeunes diplômés hautement qualifiés après avoir contribué humainement et financièrement à leur formation est contraire à la stratégie d’internationalisation de l’enseignement supérieur et des centres de recherche français (40% de doctorants sont étrangers).  
  3. Les entreprises françaises perdent l’opportunité de recruter les jeunes talents étrangers qui pourraient leur permettre d’accroître leur productivité et leurs activités dans la mondialisation. 
  4. Cette attitude de fermeture nuit également à l’attractivité de la France sur le plan culturel, universitaire et économique. Les étudiants étrangers qui ne le souhaitent pas ne resteront pas davantage dans leurs pays d’origine, mais privilégieront les universités et les entreprises allemandes, anglaises ou nord-américaines. La France et la francophonie perdent ainsi de précieux ambassadeurs. 
  5. Enfin, les jeunes diplômés français seront réciproquement touchés par un durcissement des contrôles lorsqu’ils souhaiteront étudier ou travailler à l’étranger.

Combien de nos camarades de promotion français partent s’installer à l’étranger ?

Les jeunes étrangers qui souhaitent étudier et travailler en France sont une chance pour nos universités, nos grandes écoles et nos entreprises.

N’acceptons pas la fuite de ces cerveaux !

L’étude au cas par cas des situations les plus aberrantes n’est pas une solution viable, la circulaire doit être retirée. 

Ce mouvement lancé par le Collectif du 31 mai est désormais largement soutenu, par la conférence des grandes écoles (CGE), par la conférence des présidents d’universités (CPU), par des associations (SOS Racisme et Sauvons l’Europe), par les syndicats étudiants (la Cé et l’UNEF), par les partis politiques de gauche, du centre et du centre-droit (ainsi que par quelques élus UMP) et par des dirigeants d’entreprises.

Soutenez-le à votre tour en signant la pétition demandant le retrait de la circulaire du 31 mai 2011.

Soutenez les futur(e)s Marie Curie.

valentinLa circulaire du 31 mai envoie un signal négatif aux jeunes du monde entier

Comments 1

  1. jouault

    Certains pays ont compris la richesse économique et sociale que de faire bosser des étrangers. Outre le partage de culture,quoi de plus naturel pour un frère un cousin un ami resté au pays que de faire appel à celui qui est parti pour acheter un produit ou une prestation. On lui fait confiance, on le privilégie!. Nous exportons mal malgré nos savoir-faire… Un responsable commercial un directeur de projet,… d’origine du pays cible sera souvent notre meilleur ambassadeur. Son réseau resté au pays sera un atout de première classe pour réussir. En outre former est un investissement. Envoyer chez les autres ceux sur qui notre pays a investi sans attendre le retour sur investissement est une faute stratégique étonnante. La passion et l’intérêt électoral populiste parfois dérèglent le jugement et font perdre trop de bon sens!
    Merci de votre action.

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